Glen Falardeau, en novembre 1985, déployé à Chypre avec la Force de maintien de la paix de l’Organisation des Nations Unies.

Militaire de carrière maintenant retraité, Glen Falardeau porte fièrement le patronyme de notre ancêtre, en Alberta, où il habite depuis 1994. Après avoir surmonté plusieurs risques inhérents à sa carrière et au début d’une retraite bien méritée, Glen a été victime d’un accident de voiture qui l’a laissé lourdement handicapé de ses quatre membres. C’est avec beaucoup de gentillesse et de retenue qu’il a accepté de nous raconter son incroyable parcours de vie, que nous vous invitons à découvrir à votre tour. Merci Glen!

François Falardeau, secrétaire de l’Amicale Falardeau

Glen Falardeau, mon histoire!

Par Glen Falardeau

Le choix de mon prénom, une affaire bien pensée!

Je suis né en octobre 1962, plus précisément dans la paroisse de Saint-Fidèle, à Québec. Au même moment, les yeux du monde sont tournés vers ce qu’on appellera par la suite la crise des missiles à Cuba, opposant les États-Unis à l’ex-URSS. Je suis Glen Falardeau, le fils de Raymond Falardeau, de Donnacona au Québec, lui-même fils d’Odilon Falardeau et d’Émilia Lefrançois, et de Christiane Dussault, aussi de Donnacona, fille de Gérard Dussault et d’Irène Martel. Mon prénom, qui n’est pas courant pour un Canadien français, est une idée de ma mère qui, en grandissant, admirait un petit garçon portant ce prénom dans la rue où elle habitait. De plus, au moment de ma conception, John Glenn devenait le premier astronaute américain à voler en orbite autour de la Terre, en en faisant trois fois le tour. Mon prénom tire son origine de ces deux faits.

Une enfance où je me cherche

J’ai habité dans un appartement du quartier Limoilou, à Québec, jusqu’à l’âge de trois ans. Par la suite, ma famille s’établit dans le quartier Champigny, en bas de la côte de l’aéroport, dans une maison que mes parents louent à côté de la pesée routière de la Sûreté du Québec et en face du très populaire casse-croûte Claude Patates, de l’autre côté de la vieille route 2. C’est à ce moment que je commence la maternelle, pour poursuivre ma scolarité à l’école primaire de Jouvence et de Champigny. Je suis apparemment un beau petit bonhomme avec une belle façon mais, derrière cette façade, la vérité est tout autre!  Je suis le diable en personne et déjà, à ce très jeune âge, je donne du fil à retordre à mes parents. Ma mère se consacre à son travail de maison ainsi qu’à nous élever, mes deux sœurs (Hélène et Sophie) et moi. Mon père travaille pour une entreprise de machinerie agricole et de camions, International Harvester, sur le boulevard Charest à Québec. Elle est située au pied de la côte Saint-Sacrement, en haut de laquelle je suis né, à l’hôpital anglophone Jeffery Hale.

Au début des années 1970, nous déménageons en haut de la côte de l’aéroport, à L’Ancienne-Lorette. Mes parents achètent une maison, une décision importante, puisqu’elle entraînera des sacrifices financiers pour une grande partie de leur vie. Nous n’avons jamais manqué de rien, tous nos besoins étaient comblés. Je peux dire que nous avons eu les meilleurs parents au monde. Je leur dois tout pour ce qu’ils ont fait pour moi. Aujourd’hui, ils sont tous deux âgés de 86 ans et vivent toujours dans cette même maison. Le hasard fait de drôles de choses, car nous demeurons sur la rue Martel et, coïncidemment, notre rue est perpendiculaire à la rue Falardeau, qui est aussi à côté de l’école primaire Falardeau, plus tard renommée l’école l’Étincelle. J’ai environ sept ans quand j’occupe mon premier emploi : brigadier scolaire. Sur l’heure du midi, je porte une veste de sécurité orange et, grâce au panneau Arrêt-Stop que je brandis devant les automobilistes, je peux arrêter la circulation routière et aider les écoliers à traverser la rue. C’est aussi en face de notre maison sur la rue Martel que je commence à côtoyer les Faber, quatre frères dont l’aîné Alain deviendra mon beau-frère en mariant ma plus jeune sœur, Sophie.

Je passe la majorité de ma jeunesse sur la rue Martel. Les étés de mes années du cours primaire sont occupés au terrain de jeux du Camp Saint-Albert. Peu de temps après, je profite de la période estivale pour gagner mon premier argent de poche en cherchant et en vendant des balles que je trouve sur un terrain de golf. Ceci se passe vers 1973 et, avec 109 $ en poche, j’achète mon premier vélo à 10 vitesses. C’est mon premier achat, lequel se fait avec tout ce que j’ai gagné cet été-là. C’est la période où je gagne aussi mes sous, entre autres, en livrant des journaux, en pelletant la neige ou, un peu plus tard au secondaire, en travaillant comme plongeur dans une cafétéria pendant mes heures de dîner, en échange de repas.

Tout ceci ne change rien au fait que je cause beaucoup d’ennuis et d’inquiétude à mes parents. Alors que j’en suis à mes premières années au secondaire, mon père et ma mère ne savent plus quoi faire pour que je m’intéresse à mes travaux scolaires ou que je comprenne que je dois éviter les ennuis avec la direction de l’école ou même avec la police pour une raison ou pour une autre, comme de fréquentes batailles. En 1976, mes pauvres parents commencent finalement à ressentir de l’espoir quand, suivant leur recommandation, je joins les cadets de l’Air. Pendant l’été, je vais au camp d’été des cadets, à Saint-Octave-de-l’Avenir, dans l’arrière-pays de Cap-Chat en Gaspésie, ce qui me permet d’être confronté à la discipline et d’apprendre aussi un peu d’anglais. Je ferai partie des cadets de l’Air de 1976 à 1979.

Glen, au camp des cadets. Il est le troisième à gauche, debout, sans chapeau.

Mes premiers pas dans la vie militaire

En septembre 1979, pendant que je poursuis mes études secondaires, je m’enrôle à temps partiel dans la milice canadienne, grâce à mon professeur d’éducation physique qui m’initie à la vie militaire, laquelle m’offre en plus un salaire garanti. Durant ses temps libres, mon professeur est le commandant d’une batterie d’artillerie dans la Haute-Ville, à Québec. Jusqu’en 1982, je suis des cours un soir par semaine ainsi que durant les fins de semaine alors que mes étés sont consacrés à d’autres cours et à des exercices avec un régiment d’artillerie avec la Force régulière canadienne, à Gagetown, au Nouveau-Brunswick. Tard durant l’année scolaire 1981, alors que je suis en cinquième secondaire et que je ne sais toujours pas quoi faire de ma vie, je décide de quitter l’école et de m’enrôler dans la Force régulière. Le 19 janvier 1982, ma carrière avec les Forces armées canadiennes se poursuit, mais maintenant à temps plein. Je quitte la maison et mes parents sont heureux que je ne sois pas en prison et que je tourne bien dans la vie.

Ma première affectation est à la base des Forces armées canadiennes à Valcartier, près de Québec. On m’accorde une entrée directe sans avoir l’obligation de suivre l’entraînement des recrues ou tout autre cours de base. En effet, mon temps passé avec la milice ainsi que les cours que j’ai déjà suivis me permettent d’obtenir une reconnaissance de mes acquis correspondant à la qualification militaire de base. Je n’ai donc pas à tout refaire et, en plus, cela me donne trois ans de service ouvrant droit à un rachat pour une future pension.

Glen, jeune soldat artilleur, en train de mettre de la terre sur les rabats d’une tente pour 5 hommes, lors de l’installation d’un bivouac à la base militaire de Valcartier, au Québec, en 1983.

En tout cas, pour moi le temps n’est jamais long et je suis d’autres cours, incluant une formation de parachutiste, des exercices d’entraînement et des exercices de terrain au Canada et aux États-Unis, entre autres à Fort Campbell au Kentucky, avec une unité d’assaut aérien, et à Fort Bragg en Caroline du Nord, avec la 101e Airborne Division. En tant qu’artilleur complètement qualifié en 1984, je me fais transférer à la base militaire de Petawawa, en Ontario, dans le groupe de combat aéroporté, une unité à déploiement rapide par avion ou hélicoptère à peu près partout dans le monde, ce qui se fait très vite pour les membres qui en font partie.

L’artilleur parachutiste Falardeau, prêt pour l’inspection de sa chambre dans une caserne militaire de la base des Forces canadiennes à Petawawa, en Ontario, en 1984.

Août 1984, Glen devant un pistolet démontable L-5 de 105 mm avant le défilé Key to the City à El Paso, au Texas. On remarque les autobus scolaires en arrière-plan. C’est pendant l’exercice Border Star se déroulant à la base de lancement de missiles de White Sands, au Nouveau-Mexique, aux États-Unis.

Août 1984, Fort Bliss au Texas, Glen Falardeau, prêt pour un saut en parachute depuis un avion Hercules C-130 (il a son parachute de secours, son parachute principal sur son dos, son sac à dos et une arme). 

Maryline entre dans ma vie

Pendant mon séjour en Ontario, je me déplace dès que je le peux au Québec. Je rencontre une jolie jeune fille qui habite Neufchâtel, un quartier de la ville de Québec. Elle s’appelle Maryline Greer. Je m’entends aussi très bien avec ses parents, Aline Lachance, de Québec, et son mari Charles, originaire de l’Irlande. En 1985, je me fiance à Maryline, dans la maison de ses parents. À la même époque, en prévision d’un déploiement à Chypre avec les Nations Unies, je poursuis mon entraînement rigoureux au Canada ainsi qu’à d’autres endroits aux États-Unis, notamment à la base de lancement de missiles de White Sands, au Nouveau-Mexique.

À gauche, en août 1985, le bombardier-chef Glen Falardeau expliquant la manipulation d’une lourde mitrailleuse de calibre 50 mm au peloton devant lui. Le bombardier-chef McNamara et le sergent Reece supervisent les explications.

Le 16 août 1985, Maryline et moi, nous nous marions au palais de justice de Pembroke, en Ontario.

Mariage de Glen et Maryline (16 août 1985).

Mon parcours militaire

Quelques semaines plus tard, je suis envoyé à Chypre pour six mois avec les Nations Unies en tant que second responsable d’une section.

Glen Falardeau, en novembre 1985, déployé à Chypre avec la Force de maintien de la paix de l’Organisation des Nations Unies.

À mon retour de mission, au début de 1986, je retrouve Maryline. Nous commençons à vivre ensemble dans un modeste logement militaire sur la base des Forces canadiennes à Petawawa, en Ontario. Durant nos temps libres, nous visitons cette province ou allons voir nos familles au Québec. Maryline, qui détient un diplôme de coiffeuse au Québec, voit ses études également reconnues en Ontario.

Comme ma belle-mère le disait souvent à Maryline : « Qui prend mari prend pays ». Ainsi, vers la fin de 1986, on m’envoie travailler avec la Police militaire des Forces canadiennes pour environ un an. Puis, j’entreprends une autre série de cours à Borden, en Ontario, ainsi que dans l’Ouest canadien. Cela entraîne pour moi un changement de métier et l’attribution d’un autre poste avec les Forces de l’Air, à Trenton en Ontario, en tant que technicien de logistique tous modes de transport. C’est alors que Maryline me rejoint à cet endroit et que nous achetons notre première demeure, une maison mobile. Deux ans et demi plus tard, nous la revendons en bien meilleur état qu’à son acquisition et nous achetons notre première maison.

Pendant que Maryline continue de travailler, moi je poursuis cours, entraînements, exercices et déploiements pratiquement partout au Canada de l’est à l’ouest, du sud au nord (cercle polaire), et un peu partout dans le monde entier, incluant le Groenland, l’Europe, l’URSS, l’Afrique, l’Amérique centrale et le secteur de la guerre du Golfe. Je n’ai jamais de moments ennuyants. Je ressens surtout de la fierté d’aider dans des moments plus difficiles comme des évacuations à cause de feux de forêt ou lors du verglas qui a paralysé l’est du Canada, incluant des États américains.

Le 18 juin 1992, le caporal Glen Falardeau reçoit des mains du brigadier-général Diamond la Mention Élogieuse du Commandant pour sa participation à l’opération Friction pendant la guerre du Golfe en 1991.

Le 23 juillet 1992, Glen Falardeau est promu caporal-chef et reçoit son titre des mains du major Mark Matheson.

En 1993, après six ans de va-et-vient, je suis muté à la Marine royale canadienne, à Shelburne en Nouvelle-Écosse. Je travaille à une station d’écoute sous-marine hautement classifiée et en collaboration avec la Marine américaine. Encore une fois, Maryline obtient la reconnaissance de ses acquis et peut travailler mais, cette fois-ci, je demeure proche de la maison pour un an et quatre mois. Pour nous, c’est une belle pause, on mange du homard et on se mêle un peu plus aux gens des environs. Au milieu de l’année 1994, il est temps de quitter et cette fois-ci nous traversons le pays pour nous établir avec l’armée au centre d’entraînement majeur dans l’Ouest, à Wainwright en Alberta. Même si on lui reconnaît son diplôme de coiffeuse dans cette autre province, cette fois-ci, Maryline devient boulangère. Quant à moi, j’ai un emploi plutôt statique et en charge d’une section, parfois sous la tutelle d’une unité d’approvisionnement, parfois avec une unité de transport, mais nous effectuons notre travail en tant que logisticiens. Cela n’empêchera pas que je sois déployé pour la quatrième fois en ex-Yougoslavie pour un autre tour en soutien et rattaché à d’autres unités sous la bannière de l’OTAN.

20 janvier 1993, le caporal-chef Glen Falardeau, à l’arrière d’un avion de transport militaire russe Iliouchine II-76, à l’aéroport de Zagreb, en Croatie.

Quelques anecdotes de ma vie militaire

Avoir l’estomac bien pansu, c’est important, hahaha!

Pendant que je relève de la base à Trenton, où six années se passent dans l’unité des mouvements aériens, on me surnomme affectueusement « le broyeur à déchets » et même « le frigo ambulant ». 

Voyez-vous, nous étions responsables du chargement des avions de transport militaire, nous contrôlions les bagages, nous devions en planifier le chargement, le poids et l’équilibre et bien d’autres choses encore sur les vols nationaux et internationaux et, lorsqu’un vol arrivait en fin de course, nous nous précipitions sur la nourriture intacte qui était à bord pour la rapporter à nos quartiers. Nous avions deux réfrigérateurs dans le bureau de l’équipage et ils attendaient le butin…  Nous n’étions pas censés faire cela en raison des risques d’intoxication alimentaire et des poursuites judiciaires qui s’ensuivaient, mais à quoi servaient les deux réfrigérateurs?  J’ai toujours veillé à ce que nous arrivions avant les services d’entretien et j’ai toujours eu des frigos bien remplis pour nos quarts de 12 heures.  Les vols les plus prisés étaient ceux des VIP, puis les vols internationaux qui avaient souvent des gâteaux Forêt-Noire préparés localement en Allemagne, par exemple.  Mon expérience de la nourriture dans l’armée a été excellente, car nous étions bien nourris, que ce soit dans l’Armée de terre, la Marine royale ou la Force aérienne royale canadienne.  J’aimais tout et j’étais aventureux.  Vous savez maintenant d’où viennent les surnoms dont on m’affublait à cette époque et à cet endroit.

Noël, ça doit se fêter même si on est au loin

Sur cinq voyages (dont un de huit mois) en ex-Yougoslavie, quatre se sont déroulés pendant les vacances de Noël.  L’un de ces voyages me vient à l’esprit. C’était en 1992, alors que j’étais affecté dans l’Armée de l’air au sein d’une section mobile des mouvements aériens et que j’étais à Zagreb, en Croatie.

La veille de Noël, nous étions consignés dans nos quartiers. Nous étions en congé et, donc, on ne pouvait pas charger ou décharger les avions. Cela nous donnait l’occasion de penser à nos familles au loin et ça nous rendait un peu plus moroses. Nous pensions à nos proches. J’avais un pantalon de survêtement rouge et un sweat-shirt. J’ai déniché une tuque et une tête de moppe neuve. J’ai enfilé mes bottes de combat noires, puis placé l’habituel gros oreiller pour me créer un gros ventre et, avec un peu de ruban adhésif noir, j’ai pu fabriquer une belle ceinture noire. Voilà, j’étais un Père Noël impromptu.  Pour rendre la chose plus amusante, nous avons échangé entre nous de petits cadeaux comme des livres, des bonbons, du papier de toilette, etc. Quelques bières ont été de la partie pour faire bonne mesure.

Noël 1993 en Croatie, le sergent Marc Trudel et Père Noël (Glen Falardeau).

Mais fêter n’est pas toujours possible

Une autre fois, la veille du nouvel An, nous avons été cloués au sol, mais cette fois-ci parce que les habitants avaient l’habitude de tirer des coups de feu à minuit pour célébrer la fin et l’arrivée d’une nouvelle année meilleure.  Nous aurions tout aussi bien pu nous trouver en pleine zone de combat.  Inutile de dire que nous avons passé le passage au nouvel An à l’intérieur, à écouter cette fusillade bruyante.

Attention à vos pieds, à Zagreb

Lors d’une permission de 72 heures, je me promenais dans les rues de Zagreb avec une collègue de travail, Heather Adams. Nous marchions comme font les touristes et, à un coin de rue, une petite voiture de marque Yugo s’est arrêtée sur le pied de Heather.  Quelques secondes plus tard, comme si rien d’anormal ne s’était produit, la voiture est repartie.  Ma collègue n’a pas été blessée, mais on a rangé cet incident dans notre coffre à souvenirs. Une autre chose dont on parlera plus tard en riant.

On ne prend pas ce qui ne nous appartient pas

C’était au cours d’une patrouille pédestre de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre, dans la zone neutre du centre-ville séparant la République turque de Chypre du Nord et la République de Chypre, partie sud de l’Île, où sont les Chypriotes grecs.  Je suis bombardier chef et je décide, avec mon acolyte Ansley (canonnier et tireur), qu’on peut s’approprier une bicyclette abandonnée dans la zone neutre pour aller faire un tour. Mauvaise décision de ma part!  Bien sûr, nous nous sommes fait prendre, car les deux camps se surveillent comme des faucons et s’ils ne peuvent rien récupérer après toutes ces années, pourquoi aurions-nous pu le faire ?  C’est devenu un incident international et mon dossier militaire a été entaché.  Leçon apprise.

Se faire tenir en joue, ouf!

Toujours alors que nous patrouillions dans la zone tampon à Nicosie (Chypre), un soldat turc nous arrête alors que nous n’étions séparés que de quelques mètres. Nous nous retrouvons littéralement sous la menace de son arme. En bons membres obéissants de l’ONU, nos armes ne sont jamais prêtes pour une utilisation immédiate, elles ne sont pas chargées.  Ce moment reste gravé dans ma tête pour toujours.  Le soldat turc se trouve de son côté de la zone de démarcation et nous, au milieu de la zone tampon.  Il me tient en joue, à quelques mètres de mon visage, et ne veut pas reculer.  Je n’ai jamais su quel était le problème, mais mon opérateur radio (radioman) a contacté notre officier supérieur et la situation s’est désamorcée à un niveau plus élevé. Nous avons finalement pu continuer notre patrouille à pied.  En ville, la plupart des zones tampons correspondent à la largeur d’une rue étroite, alors que dans les banlieues, elles peuvent être distantes de plusieurs kilomètres. Il convient également de noter que nous avons toujours transporté nos chargeurs dans nos poches de munitions de combat, une procédure normale des Nations Unies (règles d’engagement-ROE).  Les Turcs ne respectaient pas ces règles.  Il est également de notoriété publique qu’ils prenaient du haschich pour rester éveillés la nuit, car si un officier les surprenait en train de dormir à leur poste alors qu’ils étaient en service, l’officier pouvait utiliser son revolver de service et les abattre.

Ce qui appartient à l’armée, ça reste à l’armée

Sur une note plus sérieuse, et toujours à Chypre, il y a de tout dans les Forces armées.  Tout au long de la mission, nous sommes partis à tour de rôle pour une ou deux semaines de vacances ou de congé de l’ONU et, un jour, un réserviste a décidé d’emporter un petit souvenir dans ses bagages en partance pour l’Allemagne.  Le fait est que tout est comptabilisé et qu’il n’a pas fallu longtemps pour s’apercevoir qu’il manquait une grenade dans l’un de nos véhicules blindés, un véhicule à roues 6×6, appelé Grizzly, chargé de munitions, d’armes lourdes, de lance-roquettes M-72 et de grenades à main.  Lorsque le réserviste a atterri en Europe, c’est la Police militaire qui l’a accueilli et nous n’avons plus jamais entendu parler de lui. 

Sur un Grizzly, je suis debout, aux commandes.

Mes dernières années de vie militaire

Six autres années s’écoulent et peu après la « fin du monde » en l’an 2000, une autre mutation de l’armée, qui sera la dernière, me ramène en Alberta, à Edmonton. Une nouvelle fois, Maryline se trouve facilement un emploi comme boulangère à une des deux épiceries locales de Devon, où se trouve notre lieu de résidence. Pendant cette période, nous allons souvent camper sous la tente ou en véhicule récréatif, demeurant en forme en courant ou en marchant. Nous visitons l’Alberta, incluant les Rocheuses, mais aussi l’Europe, dont Chypre, sans oublier le beau Québec avec des visites bisannuelles. Pendant ce temps, une autre affectation de sept mois en ex-Yougoslavie nous séparera pour la dernière fois. À la fin de 2002, je remets ma démission et me retire des Forces armées canadiennes en février 2003, juste à temps avant un déploiement majeur en Afghanistan. Fioufff !

Le retour à la vie civile

Le 20 mars 2004, Glen pose avec deux brochets de 10 et 13 livres, lors d’une pêche sur glace au lac Sainte-Anne, en Alberta.

Le 13 juillet 2004, Glen et Maryline en randonnée. Nordegg, en Alberta.

12 juin 2005, Glen en randonnée près du camping Wildhorse Creek, à l’est de Jasper, en Alberta.

12 juin 2005, Glen lors de la même randonnée. Wildhorse Creek, Cadomin, Alberta.

25 décembre 2005, Glen et Maryline en randonnée à l’aire de loisirs du lac Chickakoo, comté de Parkland, Alberta.

1er octobre 2006, Glen et Maryline prennent leur repas dans leur roulotte Boler de 17 pieds lors de leur dernier voyage de camping, au parc provincial Fish Lake, à Nordegg en Alberta.

Pendant toutes ces années, je travaille pour Home Depot comme superviseur du département d’expédition et réception, pour Braden Burry Expediting à l’aéroport international d’Edmonton, Reimer Express Lines Ltd., et finalement à Canadian Freightways Ltd., jusqu’au jour du grave accident de circulation, en 2007, qui me paralysa pour le reste de mes jours.

Un accident, ma vie en l’air, ma détresse

C’est au retour d’une pêche sur glace que cela s’est produit. Je venais de mettre le quad (VTT) dans la boîte de mon pick-up (camionnette) vers 2 heures et demie de l’après-midi. Le ciel était d’un beau bleu, la route était sèche et droite sur plusieurs kilomètres…  Cinq jours plus tard, après un tour en hélicoptère ambulance dont je ne me souviens pas, je me réveille tranquillement à l’urgence, paralysé pour la vie, sans aucune chance de récupération, avec une quadriplégie complète.

Mars 2007, mon véhicule accidenté, à la fourrière.

Je n’ai aucun souvenir. Je n’ai pas d’historique où je me serais déjà endormi au volant, mais c’est quand même l’un des trois scénarios retenus pour la cause de l’accident. Les deux autres seraient soit qu’on m’aurait coupé et que j’aurais perdu le contrôle de mon véhicule, soit que mon essieu arrière droit se serait brisé. Je ne le saurai jamais et ça ne me dérange pas, puisque que ça ne changerait rien à ma situation.

Après mon accident, je n’ai plus le goût de continuer, la vie étant devenue très difficile. Par exemple, je tape les touches d’un clavier une à une avec une orthèse sur mon poignet droit où un bâton est inséré, et c’est avec ça que j’écris. C’est très long, pas facile et à recommencer sans arrêt.

À cette époque, je discute avec ma femme. Je lui offre de me laisser, mais on décide de continuer ensemble. Cela dure environ 5 ans et c’en est trop pour elle (et moi) et, finalement, elle me quitte pour de bon. Quelques années plus tard, nous divorçons après 27 ans de mariage. Nous sommes encore en très bon termes. J’ai gardé la maison et je lui ai laissé ce qu’elle voulait, plus nos épargnes pour la retraite. Récemment, après avoir vendu la maison, je lui ai donné la majeure partie du montant obtenu de la vente. 

Continuer à avancer, malgré tout

Je dois donc me trouver une nouvelle raison pour continuer à vivre. Je recrute des aidantes des Philippines. Elles vivent chez moi et prennent soin de moi. Je fais venir les familles de ces dernières. Mon travail est de faciliter leur intégration à la société canadienne, à notre façon de faire les choses et de m’assurer qu’elles ne se font pas entourlouper.

Je vis bien des difficultés de ce côté et je dois constamment recruter de nouvelles aides. En 2017, j’entreprends ces démarches encore une fois. Quand le long et coûteux processus (autant pour moi que pour l’employée) semble complété avec le gouvernement du Canada, ses bureaux concernés et le gouvernement de l’Alberta et que la même chose semble réglée pour ma future employée des Philippines avec son gouvernement, la situation se complique. Au moment de partir pour le Canada, ma nouvelle aide étrangère m’appelle de son pays, me disant que d’autres frais sont exigés par le gouvernement des Philippines et s’ajoutent aux autres déjà réglés et qu’elle n’a pas l’autorisation de partir tant que je ne les aurai pas payés!

Je suis coincé! J’appelle immédiatement au gouvernement du Canada et à chacun des services requis, mais on me répond la même chose partout, que leur processus à eux est terminé, que c’est à moi de faire le reste! Je demande si je peux recevoir de l’aide de l’ambassade ou du consulat, mais rien à faire. C’est à moi de me débrouiller!

Alors, après un processus d’embauche qui aura déjà duré cinq mois, exigé beaucoup de paperasse et d’argent des deux côtés, je ne veux pas tout perdre ainsi et je paie. La personne est venue au Canada. À partir de ce moment-là, je me suis dit que j’en aurais pour dix ans à négocier, toujours avec des processus, des règles et des prix changeants, une bureaucratie plus compliquée et longue. Contre mon gré, je commence à chercher une place où je serai pris en charge par le gouvernement. J’en ai assez de négocier avec le système. C’est long parce que la Covid met « du sable dans l’engrenage ». Les procédures sont encore plus lentes, mais j’obtiens finalement une place et je vends ma maison.

Les trois dernières aides que j’ai fait venir des Philippines et leur famille sont devenues ma famille élargie, puisque je suis seul dans l’Ouest, en raison de ma décision de quitter le Québec pour de bon au début des années 1980. Ce sont surtout des raisons politiques promouvant la séparation de la province qui m’avaient convaincu de déménager à ce moment-là. Ainsi, Jenaline (Jena) Fagaragan et Lorna Bunagen continuent de me visiter. La troisième (sœur), Anabel Felipe, est malheureusement décédée du cancer, une lourde perte pour nous tous, mais son époux Neil me rend visite régulièrement avec les deux autres sœurs.

Le 16 octobre 2022, Glen avec ses anciennes aidantes et amies Jenaline (Jena) Fagaragan et Lorna Bunagen, au lac Beaumaris, à Castledowns, Edmonton, Alberta.

Au quotidien, du mieux que je le peux

Aujourd’hui, je demeure en résidence sous la tutelle du gouvernement de l’Alberta, ici à Edmonton. À la résidence, je me tiens encore très occupé, ce qui, depuis 17 ans, garde mes idées noires (suicide) à distance. J’essaie d’être un avocat pour tout genre de besoins des résidents, qui sont en très grande majorité plus âgés que moi, qui ai 61 ans. Je suis en contact quotidien avec eux aussi. 

Je passe beaucoup de temps à l’ordinateur, à lire des nouvelles ou à regarder des films. On fait des sorties locales pour prendre un café au McDonald’s avec des amis ou pour une promenade (en fauteuil roulant) au centre commercial, à l’épicerie ou au restaurant ainsi que des randonnées aux alentours sur les pistes en asphalte le long de quelques lacs pour regarder la faune. Telle est ma routine ennuyante après une belle vie bien remplie. Ce qui est le plus désolant dans tout cela est qu’en moyenne, on perd environ cinq résidents par mois et, souvent, c’est dur à prendre; je ne m’y habitue jamais.

Depuis le départ de ma femme, j’ai trouvé une autre motivation pour continuer à avancer.  Mes parents vivent encore! Ils ont eu assez de peine et je ne veux pas leur en causer en plus, alors je souhaite qu’ils partent en paix, avant moi.

La Légion royale canadienne de Devon, Branche 247

Au moment de ma retraite des Forces armées canadiennes, j’avais déjà approché la branche locale de la Légion pour donner mon uniforme complet. Je ne me doutais pas que j’irais beaucoup plus loin. J’ai appelé cette affaire mon projet de legs, une façon pour les générations futures de se rappeler de moi et de laisser mes traces dans ce monde. 

11 novembre 2015, jour du Souvenir, Glen à sa résidence.

Après avoir vendu ma maison, je ne voulais pas jeter à la poubelle mes médailles, mon uniforme et d’incalculables items, ni vendre quoi que ce soit. J’ai approché la Légion royale canadienne de Devon, Branche 247, et le camarade Brian Morris a pris cela beaucoup à cœur. Il a agi très professionnellement avec de l’argent investi dans le projet.

L’entreprise choisie pour commémorer mes choses est reconnue dans tout le Canada et a fait beaucoup de présentoirs, par exemple pour l’équipe de hockey des Oilers d’Edmonton. Alors, comme cela se produit pour ce qui est exposé dans un musée, je vais « vivre » aussi longtemps que vivra cette branche de la Légion. Le dévoilement du présentoir historique a eu lieu le 13 juillet 2021. Plusieurs items non utilisés ont été offerts à la Société historique de la ville de Devon, un musée.

13 juillet 2021, une partie de mon uniforme, comme je le portais avant ma retraite des Forces armées canadiennes.

13 juillet 2021, le présentoir souvenir de Glen Falardeau.

13 juillet 2021, Glen Falardeau avant le dévoilement du présentoir souvenir.

13 juillet 2021, Glen Falardeau après le dévoilement du présentoir souvenir.

13 juillet 2021, photo de groupe de Glen, au centre, avec ses amis, après le dévoilement du présentoir souvenir à son nom.

Légion royale canadienne de Devon, Branche 247, Alberta.

Photo : Journal Devon Dispatch

Devon Dispatch, juillet 2021, article sur le dévoilement du présentoir. Pour lire l’article au complet, cliquer sur le lien : Devon Legion unveils historic display of military memorabilia | Devon Dispatch

L’homme que j’étais, l’homme que je suis

On me demande souvent comment je trouve la vie aujourd’hui, avec un handicap aussi important. Quels étaient mes loisirs, ce que j’aimais faire? Comment cela se passe pour moi maintenant?

J’adorais la nature. Je pouvais faire de la randonnée en montagne ou dans l’arrière-pays, escalader des parois, pêcher sur la glace, faire du canoé ou prendre mon quad ou ma motoneige pour parcourir les sentiers, etc. Et en même temps, j’étais un homme qui aimait bricoler (et même toucher à la plomberie, l’électricité ou la menuiserie), jardiner, cuisiner…  J’appréciais plus particulièrement la course parce que je pouvais en faire n’importe où dans le monde, le long d’une autoroute ou en pleine forêt, dans la neige ou sous la pluie, sans tenir compte de la distance. Tout ce qui demandait du cardio m’attirait. Lever des poids ou jouer au hockey, en salle ou sur glace, le badminton, le squash en sont des exemples.

J’aimais voyager… Aujourd’hui, je le fais avec Google Earth. La lecture, le cinéma ou regarder des films chez moi, aller au restaurant ou dans les magasins font aussi partie des choses que j’apprécie. Mais cela est beaucoup plus calme que ces activités sportives, qui me manquent. Je suis encore une personne qui continue à aider les autres. J’aime me rendre utile. Je suis capable de défendre les droits qui le méritent et je suis ainsi disponible pour aider ma communauté en ce sens, ce que je fais. J’aime rencontrer des gens.

Ce qui est le plus important pour moi

J’ai un lourd handicap physique mais, à l’intérieur de moi, je suis toujours l’homme que j’étais avant ce foutu accident. La famille et les amis, ce sont des éléments importants dans la vie d’une personne. C’est donc primordial pour moi de demeurer en contact avec les membres de ma famille, avec les collègues militaires ou les amis rencontrés un peu partout à travers le monde, qu’ils soient en Allemagne, en Australie, au Royaume-Uni, aux Philippines, aux États-Unis ou dispersés au Canada.

Je tiens à mon indépendance, à ma qualité de vie et à mon autonomie le plus possible. Cela fait de moi une personne responsable. J’essaie de démontrer qu’il faut toujours essayer de transformer les mauvais moments ou les choses difficiles en moments d’apprentissage qui peuvent nous aider à voir le tout d’une façon plus positive.

Laisser une bonne impression, avoir une bonne réputation, être honnête et ouvert à la communication, c’est essentiel pour moi. L’homme que je suis avec ses valeurs et sa façon de vivre maintenant est la preuve que toute l’aide, la formation et l’accompagnement donnés par mes mentors, mes supérieurs ou collègues, par mes aidants ou par les membres de ma famille, tout au long de ma vie, ont contribué à faire de moi une personne importante dans la société canadienne.

C’est ça mon héritage que je veux laisser aux générations futures avec mon présentoir. Le message que tout le monde a sa place et son importance et qu’on doit se souvenir de ceux qui nous ont précédés. L’histoire passée le démontre, c’est celle qui aide à créer le futur. On a tous un message à laisser! 

  1. Pierre Bernard says:

    Très bien racontée cette belle histoire de la vie de Glen « Farladew » comme le disait le « Dog » un ancien Sergeant-Major maintenant décédé lau moment de la prise des présences le matin avec la « E Battery (Para) ». Je me reconnais beaucoup dans son histoire, lui et moi ayons partagé beaucoup de ces beaux moments militaires à Petawawa et fait en passant, nous nous sommes tous les deux mariés la même journé et au même endroit, lui immédiatement avant moi à Pembroke devant un Juge de la Paix! Glen m »a souvent emmener à la pêche, il était toujours en très haute forme physique, et il avait, à l’époque, un sens de l’humour très particulier aui m’a fait rire souvent. Il reste un très bon ami même si on ne s’est pas vus depuis des décennies. Je remercie Glen en passant pour son service dévoué au sein des FC. A+.

    • Glen Falardeau says:

      Merci des Commentaires Pierre et à toi aussi de ta très longue carrière et réussite dans ta vie en général. Comme je t’ai déjà dit « t’a gagné » tu es encore marier et le seul de la gang encore avec la même compagne. En effet beaucoup de bon moment vécue ensemble et je recommencerais tout de suite sans question. En terminent, sans l’aide généreuse et éduqué de François Falardeau et de France Michel cet œuvre n’aurais jamais parus. Take care Bomber, Glen

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