Par Tommy Falardeau

Peu de gens le savent, mais nous avons l’honneur d’avoir un véritable guerrier parmi les Falardeau. Il ne s’est pas battu aux côtés de nos ancêtres, mais il s’est battu toute sa vie avec force, détermination et résilience contre la maladie et il a perdu son combat le 30 janvier 2022. Il n’avait que 15 ans, mais il avait une grande sagesse et une grandeur d’âme. C’était Anthony Falardeau, mon fils et le petit-fils de Donat Falardeau.

Comme père, on aimerait que nos enfants deviennent de meilleures personnes que nous.

C’est pour cela que nous leur inculquons, dès leur naissance, des valeurs qui nous sont chères; qu’on leur permet d’expérimenter plein d’activités, qu’on les incite à foncer dans la vie, à profiter pleinement du moment et à prévoir un peu l’avenir. Antho était le type d’enfant qu’il fallait retenir un peu. Il voulait vivre plein d’aventures intensément.

C’est sûr que de recevoir l’annonce d’un cancer (médullo épithélium périphérique) chez notre enfant âgé de 2 ans et demi a été une douche glaciale sur…TOUT. La famille au complet, incluant sa grande sœur Ève, a travaillé à son rétablissement. Puisque c’était le seul cas répertorié au monde, les chances qu’Antho s’en sorte étaient de 0 % ou de 100 %… Ce fut très long et difficile. Chimiothérapie agressive et intensive en plus des opérations, ouf! Nous avons réussi à le sauver après une année de traitement, mais par la suite, c’est une épée de Damoclès qui était au-dessus de nos têtes.

Malgré ses visites fréquentes à l’hôpital tout au long de sa vie, Antho vivait pleinement et intensément et voulait faire toutes les activités possibles : la chasse, la pêche, la course, le ping-pong, le vélo, la natation, le deck hockey, le handball, le badminton, le basket-ball, le kung-fu, la planche à neige, sans oublier les tournois d’échecs ou juste jouer avec ses amis. Il avait tellement d’énergie, une vraie centrale nucléaire. Non, je n’étais pas capable de le suivre. Nous avions une belle vie. Antho réussissait bien ce qu’il entreprenait. Nous étions heureux.

J’ai initié Antho à la planche à neige et aux échecs, et non à l’échec. On a eu du fun à joue toute la famille ensemble et, bien sûr, j’étais le prof et lui l’élève. Je lui ai montré tout ce que je pouvais, mais il en voulait toujours plus. Il fallait passer le flambeau pour qu’il apprenne d’autres trucs. Nous l’avons inscrit à un club de planche à neige et à un club d’échecs; en peu de temps, il est arrivé ce que je voulais… Il est devenu bon, même très bon. Il m’avait dépassé largement.

C’était moi l’élève et j’en était fier, mais un peu humilié de ne plus être de compétition avec lui. C’est le cas de le dire, il me « clanchait » à 100 milles à l’heure, mais j’étais tellement fier de mon champion, de ce qu’il était en train de devenir. Je suis fier de dire qu’Antho était meilleur que moi et plus sage que moi.

À partir de son secondaire 1, tout s’est arrêté à nouveau pour Antho… L’oncologue a trouvé la source de ses maux de tête épouvantables ainsi que de ses vomissements. Un 2e type de cancer (pinéaloblastome spinal et crânien) lui était diagnostiqué, à l’âge de 12 ans…. Vraiment pas chanceux. Il a dû recevoir des traitements puissants et intenses de radiothérapie et de chimiothérapie ainsi que subir une chirurgie. Une autre année très difficile à traverser, mais nous savions dans quoi nous nous embarquions… On ne lâchait pas. Antho était très compétitif, un trait de caractère hérité de sa mère alors que sa persévérance était plutôt un trait de caractère hérité de son père. Malgré la maladie et la perte d’énergie, il voulait continuer d’aller à l’école… pour être avec ses chums. Finalement, il a réussi à passer ses années de secondaire, de 1 à 3. Ça, c’est de la persévérance et une force de la nature. Heureusement, l’école a été très compréhensive et, en plus, il a eu la chance d’avoir le soutien de sa belle gang d’amis. 

Antho était reconnaissant de la vie, il était social, taquin et avait la réplique assez facile. Il voulait partager son histoire et propager de l’espoir. Leucan lui a proposé d’être porte-parole pour le Défi têtes rasées en 2020 et 2021.

Anthony, fier porte-parole pour Leucan

Il a donc fait une capsule radio, des témoignages lors des deux Défi têtes rasées, il a participé à des conférences de presse lors des lancements du Défi et il est visible sur YouTube. Pas besoin de préparation pour son discours, il nous disait « Maman, papa, je connais tellement mon dossier par cœur, y’a pas de problème ». Ben, il avait raison…

Anthony en pleine action

À 14 ans, alors qu’Antho est en rémission, survient une hydrocéphalie majeure dont l’oncologue ne comprenait pas la cause… Quelques mois plus tard, la réponse est venue d’elle-même… Une rechute! Hé oui, une « criss de rechute ». On tenait bon, Antho continuait l’école, mais de manière allégée. Il voulait être comme tous ses amis, il voulait même travailler. Il était tellement heureux et fier de faire des sous-marins chez Subway. C’était émouvant, car nous, nous savions qu’il était en traitement de chimiothérapie mais, naturellement, les clients l’ignoraient. Ça lui prenait trois jours pour reprendre ses forces après avoir travaillé trois heures, mais pour lui, ça valait la peine.

Moins d’un an après le début de la rechute, même si les traitements donnaient de bons résultats, l’oncologue nous a annoncé que la tumeur avait énormément grossi en l’espace de trois mois et qu’il n’y avait plus rien à faire. Il fallait donc arrêter les traitements. Qu’a fait notre champion? Il a remercié les médecins pour les bons soins qu’il avait reçus, en affichant un grand sourire pendant que nous fondions en larmes. Une semaine et demie plus tard, soit le 30 janvier 2022, il s’en allait pour un repos bien mérité, mais injuste.

Antho souffrait beaucoup, mais ne se plaignait jamais; il voulait protéger sa famille de son départ imminent. Il le sentait au fond de lui. Il était usé, fatigué, mais serein. Je vous souhaite d’être aussi fort qu’Antho, car moi je ne le suis pas.

Antho m’a dit avant son départ, et ça résume tout : « Papa, je ne regrette rien, j’ai eu plein d’amour, plein d’activités, je ne changerais rien ». Ben moi, je changerais un peu la fin. Il m’a répondu « Non, je l’accepte, c’est comme ça… ». Antho venait de me donner une grande leçon d’humilité. Que de sagesse. Il acceptait tellement la situation qu’il a fait les plans et a participé à la fabrication de son urne. C’était le petit secret qu’il avait avec son oncle. Lorsque j’ai appris ça, ben j’était tout simplement estomaqué, « flabergasté ». Quoi dire de plus…

C’est sûr que je m’ennuie énormément, qu’il a laissé un grand vide, mais j’essaie de combler ce vide avec de beaux souvenirs, et il y en a beaucoup. Antho avait peur qu’on l’oublie… Ben voyons, IMPOSSIBLE!

Malgré ta petite taille, Antho, et ta vie écourtée, tu as laissé une grande empreinte sur nous tous. Tu es mon champion et mon guerrier.

Mon fils, mon champion, ta vie n’est pas un échec, loin de là! C’est une réussite, une vie vécue en accéléré et en condensé, tu peux partir la tête haute.

Papa qui t’aime  xxx

  1. France Michel says:

    Le 25 juillet, France Falardeau nous a écrit :
    « Wow, quel jeune homme extraordinaire ! Un exemple de force et de courage qui me laisse sans mots! Toutes mes sympathies ! »

  2. France Michel says:

    Le 24 juillet 2022, Jean Boutet nous a écrit :
    « Vraiment impressionnant et touchant! »

    et le 25 juillet 2022, Patrick Falardeau :
    « Un beau témoignage! Sympathies à la famille. »

  3. Karine Falardeau says:

    Oufff… C’est tellement touchant comme histoire… Un vrai guerrier effectivement ce bel Anthony!! J’envoie plein d’amour et de courage à toutes sa famille et ses proches!

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