(Ce texte de François Falardeau a été originalement publié dans Le Feu Ardent, volume 4, numéro 1, mars 2014.)

On parle souvent de notre ancêtre Guillaume Follardeau comme d’un cultivateur ou agriculteur. Mais, comme me le faisait remarquer Georges Falardeau qui m’a acheminé le texte qui suit, il était beaucoup plus : il était un défricheur, qui a dû créer de toutes pièces une terre cultivable. Voici un extrait du texte de Germain Julien intitulé Les conditions de vie des familles pionnières.

« Au sujet du défrichement, le procureur général d’Auteuil a écrit en 1706 qu’en Nouvelle-France « il faut qu’un pauvre habitant commence par abattre les arbres de son habitation qui est toute en forêt, qu’il coupe ces arbres de certaine longueur, maniable à un homme et à la femme, pour les pouvoir remuer avec des leviers et les mettre en tas, qu’il fait brûler, qu’ensuite il houe la terre à force de bras dessus et au travers des arbres abattus pendant quelques années, qu’il en arrache le reste des troncs des arbres que l’on coupe à cinq ou six pieds de hauteur sur les neiges, qu’il fasse les fossés nécessaires dans les lieux aquatiques et qu’il fournisse à son entretien et à celui de sa famille qui est d’une excessive cherté, à cause de la longueur et rigueur des hivers. »

Sur le même sujet, l’historien Marcel Trudel précise que le premier travail de l’immigrant « sur son lot sera le défrichement… la tâche ordinaire d’un homme en un an est d’un arpent et demi. Pour mettre en état de culture une terre en bois debout, il faut une longue série d’opérations. On doit d’abord abattre le bois et le débiter; selon Simon Denys [en 1651], la coupe du bois se fait l’hiver et on brûle au printemps ce qu’on ne conserve pas pour le chauffage ou la construction. Cet abattage de la forêt est le plus dur de la besogne… Mais abattre ou débiter le bois n’est pas encore (quoique le vocabulaire en cela ne soit pas toujours uniforme) ce qu’on appelle « déserter ». Cette dernière opération consiste, en effet, pour que la charrue puisse passer, à arracher et brûler les souches de petite ou moyenne dimension, celles d’un pied de diamètre ou de moins de deux pieds et demi de périmètre… Enfin, il reste dans les terres déjà « désertées » à compléter le nettoyage : arracher les plus grosses souches, nettoyer les branchages et les fardoches… : le « désert » devient alors un champ prêt à la culture. »

Selon l’historienne Louise Dechêne, à sa mort, trente ans après avoir reçu sa concession, le colon possède 30 arpents de terre arable, une pièce de prairie, une grange, une étable, une maison un peu plus spacieuse, un chemin devant la porte, des voisins, un banc à l’église. Sa vie a passé à défricher, à bâtir. »

J’ajouterai que le défricheur ne devient pas propriétaire de sa terre : il est un censitaire du seigneur, à qui il doit verser « 20 sols par arpent de front, le quatorzième minot de grain moulu, le vingtième ou le onzième poisson pêché sur la devanture de la seigneurie et une redevance sur l’utilisation du terrain de la commune » en plus de trois ou quatre jours de corvée par année. N’est-ce pas qu’un défricheur, c’est quelqu’un dont on peut être fier quand on en a un comme ancêtre!

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