(Ce texte de François Falardeau a été originalement publié dans Le Feu Ardent, volume 4, numéro 1, mars 2014.)

En fouillant dans les registres du Québec pour vérifier des données sur les Falardeau, je suis tombé sur plusieurs situations surprenantes ou bizarres, et aussi sur des histoires beaucoup moins drôles concernant des Falardeau. En voici quelques-unes. J’invite tous les membres à me faire connaître leurs découvertes.

Un mariage homosexuel catholique en 1914?

Le 20 juillet 1914, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste à Québec, est célébré le mariage de Jean Baptiste Philodore Lalonde et « Marie Joseph Adélard, fils légitime de Hilaire Falardeau, meublier, et de Marie Chartré de cette paroisse ».

S’agit-il d’un mariage homosexuel? On pourrait le croire, mais j’ai triché un peu. Ce que j’ai cité pour le nom du deuxième « homme », c’est son acte de baptême. Celle qui deviendra plus tard Adéla a en effet été baptisée sous le nom d’Adélard, et identifiée comme fils.

Ce n’est que le 19 octobre 1956 que le juge G.F. Gibsone, de la Cour Supérieure du Québec, dans un jugement « in forma pauperis », ordonnera « à l’officier dépositaire des registres de l’état civil de la paroisse Saint-Roch de Québec et au Protonotaire de la Cour Supérieure du district de Québec, dépositaire du double des dits registres de rectifier l’acte de naissance et de baptême inscrit à la date du 8 décembre 1886, en autant qu’il s’agit de l’acte de naissance et de baptême de MARIE JOSEPH ADELARD FALARDEAU; telle rectification devra consister 1- à rayer le nom « ADELARD » pour lui substituer celui de « ADELA » ; 2- à rayer le mot « FILS » pour lui substituer celui de « FILLE », à toutes fins que de droit.

On pourrait se demander si le sexe du nouveau-né était difficile à observer à la naissance. J’opterais plutôt pour une erreur pure et simple du célébrant, même si le père ainsi que les parrain et marraine, Wilbrod et Azilda Falardeau, ont signé l’acte et auraient en principe pu constater l’erreur. Le juge Gibsone note en effet dans son jugement que « ladite requérante a toujours été désignée sous le nom de « ADELA » et que par erreur on a inscrit le prénom masculin « ADELARD » et qu’elle a été inscrite comme « FILS » de Hilaire Falardeau et de Marie Chartré au lieu de « FILLE »; et que partant il y a erreur évidente au dit acte. »

Tissés serrés

On dit souvent que les Québécois sont « tissés serrés », pour illustrer les liens de parenté qui les unissent. En voici un bon exemple. Pierre Falardeau épouse Délina Darveau le 8 février 1869 à Loretteville. Pierre et Délina sont cousins germains : « double degré de consanguinité et d’affinité qui se trouvent entre eux et dont les partis ont obtenu dispense ».

Enterrement, puis inhumation

Décidément, François Falardeau et Scholastique Vaillancourt ne faisaient pas les choses comme les autres. Comme beaucoup d’autres, malheureusement, ils ont perdu plusieurs enfants en bas âge. À au moins deux occasions, ils semblent avoir enterré leur enfant sans cérémonie, celle-ci venant plus tard.

Ainsi, le 6 septembre 1863, « nous… avons suppléé les cérémonies funèbres sur le tombe de Ferdinand, mort le deux de ce mois et enterré le lendemain à l’âge de quatre mois, enfant légitime de François Xavier Falardeau et de Scholastique Vaillancourt de Saint-Dunstan du Lac Beauport. »

Ils récidiveront à la fin du même mois de septembre 1863, avec leur fils Abraham, dont l’inhumation ne viendra qu’en novembre : « Le vingt-deux novembre mil huit cent soixante-trois… nous… avons récité les prières sur la tombe d’Abraham Falardeau … décédé le 28 septembre dernier à l’âge de deux ans et neuf mois enterré le jour suivant dans le cimetière de Saint-Dunstan du Lac de Beauport. »

Ils n’étaient sans doute pas les seuls à agir ainsi. Par exemple, le 23 mars 1870, « nous prêtre soussigné avons béni la fosse de Marie-Angèle-Honorine, enfant de Joseph Falardeau… et de Josephte Fréchette décédée dans le mois de juin dernier. »

Morte ébouillantée

Que s’est-il passé au décès de Domitilde Falardeau, fille d’Ambroise Falardeau et de Marie Drolet, née le 22 mai 1832? Elle est décédée le 30 août 1835 « par accident comme il appert par le certificat de monsieur le coroner », comme l’indique l’acte d’inhumation. Joseph-Émilien Falardeau précise: « elle est décédée accidentellement en tombant dans une cuve d’eau bouillante, cas de coroner. »  Je vais tenter d’en savoir plus.

Prêtre parrain

Peut-on être le parrain d’un enfant qu’on baptise? Il faut croire que oui, car c’est ce qui arrive à Philomène Falardeau, fille de Joseph Falardeau et d’Hermine Laveau, dont le parrain est « le prêtre soussigné ».

Parenté spirituelle

Savez-vous ce qu’est la « parenté spirituelle »? Pour leur mariage, le 26 juillet 1886 à Stoneham, Joseph Pageau et Georgina Falardeau, fille de Joseph Falardeau et de Josephte Fréchette, les époux ont obtenu « une dispense de parenté spirituelle de son Emminence Joseph Alexandre Taschereau Cardinal Archevêque de Québec ». Selon ce site de généalogie, la parenté spirituelle est une parenté entre affins, c’est-à-dire entre parrain et marraine qui sont entre eux compère et commère, entre le parrain et sa filleule, le filleul et sa marraine, le père ou la mère d’un enfant avec le parrain ou la marraine de celui-ci… Je ne sais pas lequel de ces liens unissait les deux époux.

Épidémie de picote

Une épidémie de varicelle, aussi appelée picote, a sévi au Québec, au moins dans la région de Trois-Rivières, en 1872. C’est le décès de Flore Aurélie Falardeau, fille d’Étienne Falardeau et de Marie Duchesneau, qui me l’a fait découvrir. Le célébrant à l’inhumation avait en effet indiqué « picotte » dans la marge à la gauche de l’acte d’inhumation. En fouillant le registre, j’ai découvert 92 décès avec la même note entre le 29 janvier et le 16 juillet. Les mois d’avril et de mai, avec 25 et 26 décès, semblent représenter le pic de l’épidémie.  On peut présumer qu’il s’agit d’une épidémie localisée à la région de Trois-Rivières, car elle n’est pas mentionnée quand on parle des épidémies importantes au Québec. Michel Barbeau parle par exemple d’une épidémie de picote en 1889, mais ne mentionne rien pour 1872.

Le comble de la témérité… ou de l’obéissance à l’Église?

On dit souvent qu’autrefois, et même au siècle dernier, les curés ne toléraient pas qu’un couple passe une année sans avoir d’enfant. Ceci explique sans doute pourquoi les familles avaient tant d’enfants et continuaient à en avoir même s’ils perdaient rapidement toute leur progéniture. 

Je citerai deux exemples.

D’abord, Louis Falardeau et Cécile Amiot : leur premier enfant meurt à 10 mois, leur deuxième , Louis Joseph, survit et se marie. Les 11 suivants meurent avant l’âge d’un an et le quatorzième et dernier meurt à… 1 an, 4 mois et 10 jours. Comme Louis Joseph ne semble pas avoir eu d’enfant, cette famille de 14 enfants s’est éteinte dès la génération suivante.

Le second est celui du couple Joseph Falardeau et Angèle Shreader, mariés à Notre-Dame-de-Québec, le 11 juillet 1815. Leurs neuf premiers enfants meurent avant l’âge de neuf mois. Pourtant, ils persistent et leur dixième enfant, Benjamin Georges, survit, épouse Josephte Fréchette le 21 février 1854 à Deschambeault et aura une descendance jusqu’à aujourd’hui. La base de données des Falardeau compte 4 enfants de ce couple, 11 petits-enfants, 9 arrière-petits-enfants et 6 arrière-arrière-petits-enfants. Comme la base comprend surtout ceux qui portent le nom de Falardeau, on peut croire que les descendants sont beaucoup plus nombreux. Ces descendants peuvent remercier leurs trisaïeux de leur persévérance!

Le même Joseph Falardeau a été un peu plus chanceux quand il s’est remarié à Sophie Guay le 28 août 1832 à Saint-Jean-Chrysostome (Lévis). Le couple a eu huit enfants, dont trois se sont mariés. Les cinq autres sont par contre morts en bas âge, celui qui a survécu le plus longtemps, Guillaume, est décédé à… 17 mois et 13 jours.

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