(Ce texte de François Falardeau a été originalement publié dans Le Feu Ardent, volume 3, numéro 1, juillet 2013.)

On parle souvent du fait qu’aux premiers temps de la colonie, et dans une certaine mesure encore aujourd’hui, les mariages consanguins étaient monnaie courante au Québec. En parcourant les registres du début du 19e siècle de la paroisse Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, aujourd’hui Loretteville, arrondissement de la Haute-Saint-Charles à Québec, j’ai trouvé chez les Falardeau des dizaines de ces mariages.

Un mot d’abord sur la consanguinité. On parle de deuxième degré de consanguinité quand les époux sont cousins germains, c’est-à-dire que le père ou la mère de l’un des époux est frère ou sœur du père ou de la mère de l’autre. Pour le troisième degré, le mariage se fait entre petits-cousins, la parenté se situant au niveau des grands-parents et pour le quatrième degré d’arrière-petits-cousins, la parenté se situant au niveau des arrière-grands-parents. 

J’ai déjà donné dans le numéro 1 du volume 2 de Feu Ardent ( ou voir cette page) un exemple de consanguinité au deuxième degré. Il s’agit du cas de Jean François Falardeau, fils de Jean François Falardeau et de Marie Josèphe Savard, qui épouse Angélique Bédard, fille de François Michel Bédard et de Marie Jeanne Savard, le 27 février 1775 à Loretteville. Le curé mentionne une dispense à cause de consanguinitatis qua inter se in secundo gradu : ils sont cousins germains, la mère de Jean François, Marie Josèphe Savard, étant la sœur de la mère d’Angélique, Marie Jeanne Savard!

La consanguinité peut aussi se situer d’un degré à un autre. Par exemple, si le père ou la mère d’un des époux est le frère ou la sœur du grand-père ou de la grand-mère de l’autre, on parlera de consanguinité du deuxième au troisième degré.

On peut considérer que la consanguinité au quatrième degré est relativement mince, mais elle nécessitait quand même une dispense, engendrant en même temps des coûts pour les mariés (et des revenus pour l’Église!). Le curé doit en effet remplir un formulaire de dispense. Un exemple de ce formulaire peut être vu sur Family Search. Cest le cas de la dispense du 3e au 4e degré de consanguinité entre Charles Alboeuf et Marie Falardeau.

C’est en latin, mais on peut voir au début, écrit à la main, « Carolum Leboeuf et Mariam Falardeau parochianos tuos » (tes paroissiens – c’est monseigneur Plessis, évêque de Québec, qui s’adresse au curé de la paroisse). Plus loin, à la main également, « consanguinitatis quâ à tertio ad quartum gradum » (consanguinité du troisième au quatrième degré). Dans le registre précité, entre le 1er février 1820 et le 23 juillet 1822, on note dans les registres cinq mariages impliquant un Falardeau, et pour les cinq une dispense a été nécessaire. Ce sont :

  • Le mariage entre Jean L’Hérault et Marguerite Falardeau le 1er février 1820 : troisième degré de consanguinité;
  • Le mariage entre Joseph Falardeau et Élisabeth Savard le 25 juillet 1820 : quatrième degré. Notons en passant ce que l’éminent généalogiste Émile Falardeau raconte au sujet de Joseph : « à l’âge de 16 ans, il s’enrôla à la place de son frère Louis, appelé par l’édit du gouverneur Prévost, lancé à la suite de la déclaration de guerre par les Américains en 1812. Il fut versé dans le second bataillon de la Milice incorporée, dans la compagnie du capitaine F. V. Malhiot (voltigeurs canadiens) et eut l’insigne honneur de combattre et de partager la gloire des quelque trois cents soldats canadiens, qui, sous les ordres du colonel de Salaberry, remportèrent la victoire, sur l’armée américaine à la bataille de Châteauguay (26 octobre 1813) ».
  • Le mariage entre François Falardeau et Charlotte Bernier le 29 août 1820 : troisième au quatrième degré;
  • Le mariage entre Joseph Falardeau et Geneviève Barbeau le 20 février 1821 : troisième degré;
  • Enfin, le mariage entre Charles Falardeau et Marie Martel le 23 juillet 1822 : troisième degré.

Qu’arrive-t-il quand les parents, volontairement ou non, ne déclarent pas leur consanguinité? Eh bien, le mariage est nul, et il nécessitera une réhabilitation. Par exemple, vous pouvez voir dans Family Search le texte de la réhabilitation du mariage de Jacques Falardeau et Agathe Duchesneau le 16 mars 1810 (page de droite du registre). Le mariage avait eu lieu le 20 janvier 1801. Ils ont eu au moins cinq enfants entre 1801 et 1810. Le texte n’indique pas comment la consanguinité a été découverte, mais mieux vaut tard que jamais!

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