Par France Michel, avec la collaboration de François Falardeau, de Bernard Martin, de Georges Falardeau et de Nicole Fallardeau

Une « enquête » à saveur québécoise et française…

En juin 2019, Sur la piste d’un Fallardeau en Charente nous présentait un Octave Fallardeau, en fait Octave Edgard Falardeau (écrit avec un l sur l’acte de naissance). À l’origine de notre publication, un article de journal français paru en 1926 et découvert par hasard nous informait que cet Octave et ses proches avaient été victimes d’un incendie. C’est le chat de la famille qui avait réveillé la grand-mère, l’alertant du feu pris dans la chambre du fils d’Octave.

Il n’en fallait pas plus pour que François Falardeau, Georges Falardeau et le cousin Bernard Martin, en France, se mettent également en mode « recherche » sur le mystérieux homme et nous fournissent d’autres éléments permettant de faire avancer notre enquête sur ce Falardeau contemporain, habitant le pays de notre ancêtre. Avec eux, et avec la complicité de Nicole Fallardeau, la petite-fille d’Octave retrouvée grâce à Bernard, nous avons pu reconstituer le parcours de cet homme. Assoyez-vous et prenez le temps de lire. Nous vous donnons les conclusions de cette recherche!

L’enfance d’Edgard

Extrait de l’acte de naissance d’Octave, vue 23, consultable sur le site des Archives de la Charente-Maritime, Bernay, cote 2E 43/18*, naissances.

C’est à Bernay (France) que naît aux alentours de midi, le 29 juin 1880, Octave Edgard, fils du cultivateur Pierre Fallardeau (deux l sur son acte de naissance) et de l’épouse de ce dernier, Joséphine Mélanie Clerc, ménagère.

Extrait de l’acte de naissance de Pierre Fallardeau, vue 16, consultable sur le site des Archives de la Charente-Maritime, Bernay, cote 2E 43/12*, naissances.
Extrait de l’acte de naissance de Joséphine Mélanie Clerc, vue 15, consultable sur le site des Archives de la Charente-Maritime, Annezay, cote 2E 12/8*, naissances.

L’acte de naissance d’Octave porte bien un seul l à son nom de famille et on ne sait pas à quel moment ce nom a alterné avec les deux graphies. À l’âge adulte, Octave signera sur certains papiers Falardeau dit Fallardeau. Il sera le seul enfant du couple et vivra à Rochefort-sur-Mer, dans le département de la Charente-Maritime.

Militaire, engagé volontaire

Extrait de la fiche militaire d’Octave Edgard, consultable sur le site Grand Mémorial du gouvernement français, Cote 1_r_253, classe 1900, matricule 845.

Octave Edgard Falardeau a combattu pendant la guerre 14-18, étant sous-officier à l’armée d’Italie. Il a été blessé et cité à l’Ordre, recevant la Croix de guerre et, du commandement suprême de l’armée royale, le brevet ainsi que le ruban de l’insigne militaire des Fatigues de guerre.

Extrait du Journal officiel de la République française du 7 décembre 1928.
Journal de Saint-Jean-d’Angély, 9 mars 1919.

Pendant la Grande Guerre, Octave a signé plusieurs articles dans le Journal de Saint-Jean-D’Angély. Il écrivait à partir des tranchées et témoignait son patriotisme par des envolées lyriques, caractéristiques de l’époque.

Journal de Saint-Jean-d’Angély, 20 juillet 1916.

Vie adulte

Octave Edgard se marie à Rochefort le 23 février 1907, à l’âge de 27 ans, avec Adelina Félicia Renaud. Ils auront deux enfants : Jeanne (née le 24 mars 1908 – décédée le 3 février 1996), et Christian dont nous parlerons plus loin. Notre collaboratrice Nicole est la fille de Christian. C’est de ce garçon (Christian) dont il est question dans l’article de journal relatant l’incendie de 1926, cité au début de cette chronique.

Il fut un temps journaliste à Rochefort-sur-Mer. Puis, la vie l’amena à la maison Worms, où il travaillera jusqu’à la fin de sa vie. Son fils Christian occupa également la fonction de directeur au même endroit.

Le 30 décembre 1965, Octave Edgard s’éteint, au terme de 85 années.

Un érudit, historien et bibliophile, et une reconnaissance sociale

À l’époque, les personnes qui côtoient Octave disent de lui qu’il est quelqu’un de très spécial, qui vit dans son monde. Mais on lui reconnaît de grandes qualités intellectuelles. Malgré une différence d’âge, Octave deviendra l’ami et le secrétaire de l’écrivain Pierre Loti (en réalité, il s’agit de Louis-Marie-Julien Viaud dit Pierre Loti), élu membre de l’Académie française en 1891 et officier de la marine. La bibliothèque d’Octave Edgard était particulièrement remplie, non seulement de livres et de collections, mais aussi riche d’une correspondance entretenue avec de nombreuses personnes, dont les Bourbons, une des familles liées à la monarchie française.

Trois faits marquants distinguent Octave Edgard de ses contemporains 

Il a été Chevalier de l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre

Sur le site Internet de l’Ordre, on peut lire rapidement que cette organisation trouve ses origines dans la pieuse coutume des chevaliers qui venaient se faire adouber ou renouveler leur adoubement sur le tombeau du Christ, dans la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem (l’adoubement est le fait de recevoir son épée et d’être nommé chevalier par un pair).

Au fil des siècles, l’Ordre a subi de nombreuses transformations jusqu’en 1907, où le pape Pie X est devenu Grand Maître de l’Ordre. Entre autres, les reliques de la passion du Christ sont gardées à Paris sous la surveillance des chevaliers de l’Ordre. La mission des chevaliers est de soutenir la Terre Sainte par un soutien financier, un soutien par la prière et un soutien direct des populations qui souffrent. Aujourd’hui, le pape désigne un Grand Maître et l’Ordre compte 30 000 membres présents dans 39 pays.

Octave détenait l’insigne de l’Ordre du Saint-Sépulcre, à titre de Chevalier. On décrit cet insigne comme suit : « Le ruban de l’insigne du cou est porté sous (et largement dissimulé par) le collet, à moins que ce ne soit une chemise à pointes, sans collet. La croix de Jérusalem repose sur la cravate, immédiatement sous le nœud. Lorsque portée avec un nœud papillon, la croix doit être positionnée entre 2 et 2,5 cm sous celui-ci. Les Chevaliers portent, autour du cou, la petite croix de Jérusalem (3,5 cm) et le trophée militaire suspendus à un ruban noir de 4 cm. »

Insigne de l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre, appartenant à Octave Edgard.
Attestation du titre de Chevalier de l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem accordé à Octave Edgard.

Il a reçu la bénédiction apostolique de Pie XI

Pie XI a été pape de 1922 à 1939. Entre autres, c’est lui qui a fondé Radio-Vatican en 1931, dans le but de pouvoir parler à tous les catholiques de la Terre. Notre Octave a reçu la bénédiction apostolique de Pie XI. Une bénédiction apostolique est demandée dans des circonstances spéciales, par exemple un baptême, un mariage, un anniversaire de mariage spécial, etc. On ne sait pas dans quelles circonstances Octave Edgard a reçu cette bénédiction.

Bénédiction apostolique à l’intention d’Octave.

Il a été anobli ainsi que sa descendance par François-Henri de Bourbon, duc d’Anjou et prince de Bourbon

Le 5 août 1934, Octave Edgard est anobli par un descendant du trône de France et fait comte palatin. Auparavant donné exclusivement par quelqu’un ayant un titre de noblesse, ce titre de comte palatin pouvait, à compter du 19e siècle, être attribué par le pape. Ainsi, un ancien premier ministre du Québec, Honoré Mercier, a été élevé au titre de comte palatin par le pape Léon XIII, en 1891.

Octave Edgard, anobli par François Henri de Bourbon.
Titre d’anoblissement d’Octave Edgard.
Armoiries attribuées à Octave Edgard de Fallardeau.

Nicole Fallardeau, petite-fille d’Octave Edgard

Grâce aux informations transmises par Bernard Martin, qui a réussi à retracer Nicole, c’est d’abord par téléphone que François Falardeau a communiqué avec cette dernière. Puis, c’est avec beaucoup de gentillesse que Nicole a répondu aux différents courriels que François Falardeau lui a envoyés à la fin de l’été, tout comme elle a échangé également avec Bernard Martin par téléphone et par courriel. Grâce à elle et aux photos qu’elle nous a transmises ainsi qu’aux recherches de Bernard, nous avons pu regrouper les éléments nécessaires à la rédaction de ce petit article donnant suite au premier paru en juin 2019.

Nicole n’a pas vraiment connu son grand-père. Elle parle cependant avec beaucoup de bonheur de ses parents Christian et Denise.

Son père est né le 29 février 1912 et a été baptisé Christian-Marie, Octave, Pierre, Robert. Son père lui a expliqué pourquoi ces prénoms avaient été retenus : Octave était le prénom de son père; ceux de Pierre (il était cultivateur) et Robert, les prénoms de ses grands pères. Nicole ne s’explique pas ce dernier point, car il n’y pas de Robert dans le carnet de famille de ses parents. Seulement des Pierre… Christian est décédé le 28 février 1986.

Sa mère, Madeleine Denise Chassing est née le 11 octobre 1914 à Chenaud en Dordogne, mais a toujours habité à Gond-Pontouvre, au nord d’Angoulême, en Charente. Son prénom officiel était bien Madeleine, mais tout le monde l’appelait Denise. Elle a pris soin de son foyer toute sa vie. Elle s’est éteinte le 24 octobre 2006.

Ces derniers lui ont transmis les valeurs d’une vie simple et heureuse, ponctuée de voyages. Entre autres, Nicole a une passion pour l’Inde, où elle est allée plusieurs fois. Nicole n’a pas eu d’enfant et, jusqu’à sa retraite après 40 ans de bons et loyaux services, elle a été secrétaire de direction dans une clinique privée. Aujourd’hui, malgré qu’elle voyage beaucoup, elle trouve encore le temps de contribuer socialement au bien-être des autres. Depuis 15 ans, elle fait le tour de sa chère ville d’Angoulême, la nuit, avec Médecins du monde pour s’occuper des sans-abris.

Au-delà des frontières

Entre un grand-père qu’elle n’a pas vraiment connu et des « cousins » en Amérique, Nicole est tout de même un témoin vivant, celui d’un patronyme qui nous unit même si les racines de l’ancêtre sont différentes. Être un Falardeau en France est encore d’actualité aujourd’hui. Merci à elle de nous avoir permis de reconstituer un pan de l’histoire d’Octave Edgard Falardeau, notre homme découvert par l’intermédiaire d’un fait divers dans un journal de 1926!

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