Présentation de Gilles Falardeau, président de la Société d’histoire de L’Ancienne-Lorette, lors du repas, à l’occasion du rassemblement de l’Amicale Falardeau, le 23 août 2015, au Village Huron, près de Québec.

Introduction

Si nous remontons le temps jusqu’à la traversée en Nouvelle-France de Guillaume et Jean Follardeau, cela fait près de 300 ans… Cela semble lointain. Mais que dire des millénaires qui les séparent de l’origine de ce monde inconnu qu’ils ont rencontré. Ce monde avait alors été formé à partir d’individus asiatiques. Ces derniers avaient profité, soit d’un pont terrestre à fleur d’eau ou de pirogues ainsi que de la fonte des glaces pour traverser ce continent inconnu et suivre un corridor déglacé jusque dans les territoires plus au sud.

Au fur et à mesure de la régression du front glaciaire, il y a 14 000 ans, une région avec de grands lacs se forme, attirant les autochtones vers le nord et cela jusqu’au Kébec (passage étroit de la rivière).

Des tribus s’identifiant comme algonquines ou montagnaises s’y forment et laissent tout un réseau de traces de sentier dans les terres de chaque côté de la rivière Kanatha (chef-lieu).

La grande tabagie

Lors de son voyage de 1603 sur le continent, Champlain rencontre plusieurs tribus à la jonction de la rivière Saguenay. Il réalise alors une rencontre historique de par son rôle diplomatique, non armée, envers la Grande Alliance autochtone :

  • – les Montagnais;
  •  – les Porcs-épics;
  • – les Algonquins;
  •  – les Etchemins.

Ces tribus se sont réunies pour fêter leur victoire sur l’ennemi commun, l’iroquoisie. Pour l’occasion, Champlain et ses compagnons sont conduits à un chef, qu’ils trouvent dans une grande cabane d’écorce, faisant tabagie (simple « festin »).

Ce moment est un événement de la plus haute importance dans l’histoire de la Nouvelle-France. La grande tabagie marque le début d’une alliance entre les français et trois nations autochtones : dans un premier temps, les français deviennent les alliés potentiels des autochtones contre les Iroquois et, dans un deuxième temps, ils trouvent un appui pour l’établissement d’une Nouvelle-France ayant pour objectif l’exploration et le commerce.

La Huronnie

En 1615, pour sa première rencontre de la nation Wendat1, Champlain prend la direction de l’ouest. Il remonte la rivière Saint-Laurent2 jusqu’à la rivière des Prairies3 et de là, vers les « Pays d’en Haut » (région des Grands Lacs). La nation Wendat habite la péninsule Penetanguishene (lieu des sables blancs en mouvement), sur les abouts de la baie des Attigouatan4 (ours) sur le grand lac5 du même nom. Les champs de maïs sont la source de richesse et de stabilité des Wendats. Ils organisent tôt une oligarchie et un monopole maïs/tabac qu’ils cultivent eux-mêmes, ainsi que les wampums (colliers de coquillages) qu’ils obtiennent des algonquins.

Malgré cette prospérité, les français incitent les Wendats à troquer leurs marchandises (filets-maïs-farine-tabac) pour des peaux, surtout de castor, qu’ils recueillent chez les peuples chasseurs des « Pays d’en Haut » pour les transporter vers Kébec.

Ils deviennent vite reconnus comme les maîtres du commerce de la fourrure… Ceci entraine des déplacements annuels dangereux car les Iroquois constituent une menace constante sur les routes de la traite des fourrures. Encore plus que le souci du commerce, c’est la soif de vengeance et de pouvoir qui alimente la guerre entre Wendats et Iroquois. Ils commencent alors leurs hostilités en pillant plusieurs villages.

L’autre motif qui amène les Français en Nouvelle-France, c’est l’évangélisation. Entre 1626 et 1629, on ne parle pas d’épidémie de petite vérole. Toutefois, il y en a eu trois en 1634, 1637 et 1639. En 1640, Jérôme Lallemant mentionne une population  d’environ dix mille personnes. C’est en comparaison de ce nombre, sans doute en décroissance depuis 1634, que le père Chaumonot fait un premier recensement de manière beaucoup plus exacte.

Exode des Hurons

En 1650, le pays des Wendats ayant été pillé, ruiné, brûlé, les missionnaires se rendent à leurs instances et les amènent à Québec.

C’est la mort dans l’âme qu’une faible partie des Wendats arrive au terme de ce long et périlleux voyage. Ce qu’il en reste?  300 survivants sur au moins 6 000 dispersés. D’autres avaient déjà fui ailleurs ou s’étaient même rendus prisonniers des Iroquois pour être adoptés par eux.

Le séjour des Hurons à Québec, jusqu’au printemps 1651, impose une lourde charge aux communautés religieuses et aux citoyens, ce qui réduit la ville à l’état de famine.

Île d’Orléans

Le départ des Wendats pour l’île d’Orléans vient soulager les citoyens de Québec.

A l’endroit nommé l’Anse-du-Fort, sur une terre appartenant à la veuve Eléonore de Grand Maison, un fort, réplique du fort Saint-Joseph en Huronnie, et une petite chapelle avec maison apparaissent… Les missionnaires les accompagnent… Ils lui donnent le nom de Sainte-Marie, en souvenir de la mission abandonnée.

Le nombre d’individus s’élève bientôt de quatre à six cents, car un grand nombre de fugitifs viennent les rejoindre.

Pendant près de deux ans, il faut fournir le pain et la sagamité de chaque jour, en proportion du travail que les individus fournissent pour les champs de blé d’inde… Les missionnaires ont même engagé des Français pour abattre du bois…

Mais la paix ne doit pas durer longtemps. Les Iroquois, les ennemis implacables des Wendats, viennent les rejoindre… Après une attaque en 1656, d’aucuns s’unissent aux vainqueurs pendant qu’environ cent cinquante reviennent à Québec à nouveau, pour la période de 1656 à 1666…

Beauport

En 1666, les Wendats se déplacent encore pour aller s’établir en deçà de Beauport, sur la terre de Notre-Dame-des-Anges6, appartenant à la Compagnie de Jésus. A cet endroit, ils demeurent très peu de temps après avoir élevé une humble chapelle et regroupé leurs cabanes autour d’elle.

Il faut dire que le marquis de Tracy avait été mandaté pour briser l’ardeur belliqueuse des Iroquois; ceux-ci entravant l’évangélisation, détournant le commerce des fourrures et menaçant les colons français. Tracy, accompagné de ses troupes et d’un régiment complet d’infanterie appelé Carignan-Salières, mène deux expéditions guerrières en Iroquoisie. En 1666, les Iroquois sont défaits et la paix est rétablie. Un des soldats du régiment est Jean Bergevin dit Langevin, le futur beau-père de Guillaume Follardeau.

Mission Notre-Dame-de-Foy

En 1667, les Wendats quittent Beauport et vont s’établir sur la « coste Saint-Michel », dans le voisinage de la route du Vallon, laquelle conduit de l’anse Saint-Joseph-de-Sillery à la vallée ou « vallon » de la rivière Saint-Charles. Là, on leur accorde de grands champs à cultiver. La mission porte d’abord le nom de l’Annonciation de la Vierge et la  chapelle est alors en écorce.

En 1669, pour récompenser les Wendats de leur fidélité et de leur grande foi, le père Chaumonot et les Wendats reçoivent d’Europe une statue de la sainte Vierge, faite du bois même du chêne où on avait trouvé la miraculeuse Notre-Dame-de-Foy. C’est l’occasion pour le Père Chaumonot d’ériger une chapelle en bois de charpente sous le vocable de Notre-Dame-de-Foy. La statue est alors l’objet d’une grande vénération, non seulement pour les Wendats, mais pour tous les habitants des alentours.

L’installation Notre-Dame-de-Foy ne satisfait toujours pas la coutume wendat, à savoir:

  •  situation d’une bourgade sur un coteau, près d’un cours d’eau et protégée par un ravin;
  •  possibilité du rapprochement de la forêt et des terres vierges, lorsque le bois est détruit dans l’environnement et les champs épuisés par la culture.

Mission Notre-Dame de Lorette

En 1673, les Wendats quittent de nouveau leur mission de la seigneurie de Sillery pour aller s’établir à une lieue plus haut, sur une terre de la seigneurie des Jésuites appelée Saint-Gabriel.

Il faut donc bâtir une autre maison de Marie, laquelle a présidé à la fondation de toutes les missions jésuites des Pays d’en Haut. Cette nouvelle mission se fait d’une manière plus solennelle et plus expressive, sous un cachet évangélique.

Celle-ci exprime une théologie mariale solidement articulée, à savoir :

– de perpétuer la mémoire du plus grand mystère du christianisme, l’incarnation;

– d’opérer, par l’intercession de Marie, une naissance spirituelle dans le cœur de tous les habitants de la colonie.

Le missionnaire Chaumonot fait planter une croix et monte une cabane en planches pour recevoir les matériaux de la nouvelle chapelle qui sera bâtie d’après le modèle de la Sainte Maison de Lorette en Italie. Après le défrichement, celle-ci est placée au centre d’un quadrangle de treize cabanes d’écorce rangées en ordre parfait et en ligne droite et cela, tout près d’une belle rivière où se jette un ruisseau d’eau pure en forme d’une demi-lune.

Quatorze ans plus tard, alors que le Bourg-de-Marie est devenu un centre de pèlerinage, c’est le moment pour la colonie de défendre l’acquis territorial par l’acquisition d’un corps militaire permanent, connu sous le nom de Troupes de la Marine. Guillaume Follardeau en fait partie comme soldat, avec son frère Jean.  Avant de s’enrôler, ils avaient probablement entendu parler des exploits de Champlain, originaire du village de Brouage, à moins de 50 km de Bignay.

Village Huron   

Depuis leur arrivée au fort de Québec en 1650, pour une 5e fois, les Wendats recommencent à zéro sur des terres encore vierges. En 1698, ils dressent leurs cabanes pour la dernière fois au nord-est de la seigneurie Saint-Gabriel, à un endroit plus favorable pour la chasse et la pêche.

Dans la même période, Guillaume entreprend son habitation au petit Saint-Antoine. En passant sur la route Saint-Joseph, il n’est pas sans apercevoir les nouveaux arrivants en train de monter la nouvelle mission Notre-Dame-de-Lorette près d’un ravin où serpentent les eaux de la rivière Kabir Kouba7.

Selon la coutume durant l’hiver, la tribu nomade de montagnais se retire à l’intérieur des terres avec leurs familles pour chasser et trapper, notamment dans les montagnes et vallées situées dans le haut des bassins versants de la rivière Jacques-Cartier et de la rivière Montmorency.

Les limites des bassins versants servent de moyen le plus facile et le plus pratique pour délimiter les territoires de chasse et de pêche. Ainsi, le bassin versant de la Saint-Charles étant de plus en plus accessible aux Français, les Montagnais s’entendent avec les Wendats pour leur laisser ce territoire.

Dorénavant, les Wendats auront un territoire pour la chasse et la pêche, l’agriculture etc., et qui plus est, pour pratiquer leur talent commercial en fabriquant canots, raquettes, chaussures, vêtements, wampuns, etc…

A l’avenir, deux endroits seront disponibles pour exercer une dévotion à Notre-Dame-de-Lorette… la Vieille-Lorette (Ancienne-Lorette) et la Jeune-Lorette.

Gilles Falardeau, président de la Société d’histoire de L’Ancienne-Lorette

Notes :  1. Habitant une péninsule, les Français l’appelleront huronne parce que les Hurons ont une coupe de cheveux de la forme de la hure de la femelle du sanglier, en France; 2. Nommé par extension  du nom donné à une baie, au Grand Nord, par Jacques Cartier; 3. Du nom d’un compagnon de Champlain;   4. Baie Georgienne;   5. Lac Huron (Champlain l’appelait Mer Douce parce qu’il croyait qu’elle menait vers l’Orient);   6. Bourg-Royal; 7. Mille Détours.

Brève bibliographie

  • Marguerite Vincent Tehariolina, La Nation Huronne, Éditions du Pélican, 1984.
  • Les Pères Jésuites, Fêtes du 3ième  centenaire, Compagnie de Jésus, 1925.
  • René Latourelle,  Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, Éditions Bellarmin, 1998.
  • Société d’histoire de Sainte-Foy, Sainte-Foy, Impressions Minute, 1980

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