(Ce texte de François Falardeau [et de Jean Falardeau] a été originalement publié dans Le Feu Ardent, volume 2, numéro 2, mai 2012.)

Yves Falardeau.

Mon frère Yves est décédé le 25 avril 2012 à la Maison Mathieu-Froment-Savoie, d’un cancer du pancréas. Il était aussi le frère de Marie, trésorière de l’Amicale, dont il fut membre du comité fondateur et membre du conseil jusqu’à son décès, en plus de faire la mise en page du bulletin depuis le début et la révision des textes après le décès de mon frère Louis en septembre 2011.

Il laisse dans le deuil sa compagne Josée Tremblay, qui fut la première webmestre de l’Amicale, sa fille Vanessa, sa petite-fille Mélodie ainsi que trois frères et trois sœurs et de nombreux neveux et nièces.

Un autre frère, Jean, lui a rendu un témoignage à la cérémonie qui s’est déroulée à Gatineau le 6 mai dernier. Je vous en livre de larges extraits rappelant des souvenirs. Je laisse donc la parole à Jean.

« Je voulais vous parler aujourd’hui de « mon » Yves. Je le dis ainsi parce que ce je dirai vient des expériences que j’ai eues avec lui…

Neuvième de neuf, Yves a dû faire sa place. Nous l’avons appelé Bébé Yves jusqu’à six ans. Après, il voulait décider lui aussi, avoir son mot à dire, il voulait être autonome. C’est resté ainsi toute sa vie.

Pour lui, la justice était très importante, le respect des droits, particulièrement de ses droits était très important. Il avait un sens des choses bien faites. Au plan des études, Yves a fait son DEC sur le tard, puis un BAC en communications (en même temps que RBO) et une maîtrise en droit.

Josée Tremblay et Yves Falardeau, en Roumanie.

Yves est allé aux tomates en Ontario (finalement, il n’a jamais fait la cueillette des tomates, mais il est allé en Ontario), il a voyagé seul au Mexique (je me souviens d’avoir reçu un jour un appel de Yves en direct du Chiapas, dans les montagnes, où il gelait), il est allé au Venezuela, au Mexique avec Vanessa, puis a fait de nombreux voyages avec Josée (Mexique, Roumanie, Bulgarie, Portugal, Honduras, Mexique, son dernier voyage à Puerto Morelos).

Engagé socialement, dans le mouvement coopératif (alimentation, habitation), communautaire (radio communautaire d’Amos, comité des usagers au CSSS en Abitibi, Émile Nelligan), politique (PQ, Bloc), etc.

Yves aimait beaucoup sa mère. Il était attaché à la famille, il avait plein de reliques de notre passé, il avait même affiché une photo de notre grand-père maternel dans sa chambre à la Maison Mathieu-Froment-Savoie.

Yves ne lâchait jamais prise, même si parfois ça le servait mal. Déterminé, rien ne l’arrête. Il manque de savon dans les toilettes au Cegep ? Il va voir le DG! Il réussit à avoir une place sur la galerie de la presse au Forum de Montréal à titre de journaliste pour L’Écho d’Amos! Il est « formé » par Ghislain Luneau, journaliste au Journal de Montréal et originaire d’Abitibi. Autre exemple : il est allé jusqu’à la Cour suprême pour obtenir la garde de sa fille. Il avait rédigé son mémoire en respectant toutes les exigences que ça comporte en termes de droit mais aussi de règles de présentation. Il m’a demandé de l’accompagner et nous sommes allés à Ottawa à la Cour suprême, rencontrer un juge (originaire du Nouveau-Brunswick et dont j’oublie le nom). Je l’attendais dans l’immense bureau du juge pendant qu’il était attablé avec celui-ci pour lui expliquer sa demande. Un autre exemple : il manifeste seul devant l’hôpital d’Amos (et fait la une de L’Écho) durant la grève des médecins alors qu’il soigne un cancer du testicule.

Yves était un paradoxe vivant. Il était exigeant sur le respect des normes et pourtant il pouvait transgresser les règles allègrement, surtout dans sa jeunesse mouvementée. Paradoxe aussi  parce qu’il était farouchement indépendantiste mais il avait accepté la présidence à Amos de la fête du … Canada! Il ne croyait pas en Dieu et il est devenu Chevalier de Colomb! J’aurais bien aimé qu’il me dise c’est quoi le signe secret mais il ne m’en a jamais parlé…

Il a exercé mille métiers : reboisement, tourne un film (8mm, le titre : 20 ans de trop) à Amos, réalise quelques émissions pour Radio-Québec régional, travaille à la Baie James et dans le Nord du Québec, travaille comme photographe pour le Tour de l’Abitibi, monte des sites Web, fait de la rénovation (le seul chez nous à avoir le talent du grand-père Falardeau), enseignant au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, aide à la recherche d’emploi, il a travaillé pour le ministère des Ressources naturelles et de la Faune à Mont-Laurier quelques mois, etc. À la fin de sa vie, il a travaillé comme réviseur au Journal de Montréal, à titre d’employé de Sun Media. Il avait tenu à me dire qu’il commencerait à travailler après le lock-out! Il était fier d’avoir trouvé ce travail, son boss aimait ce qu’il faisait, il l’a attendu après son opération et à la fin, il a accepté que Yves travaille à temps partiel.

Charmant, charmeur, il s’est fait de nombreux amis, certains depuis plus de 30 ans. On pouvait compter sur lui et il pouvait compter sur eux.

Yves est mort comme il a vécu : il affiche sur sa porte sa photo (le vrai Yves, m’a-t-il dit) avec un mot demandant de respecter son intimité. J’ai dit tout à l’heure qu’il voulait être autonome, décider, contrôler. À la Maison Mathieu-Froment-Savoie, il veut gérer lui-même sa prise de médicaments, il fait tout, tout seul (marchette, crème glacée la nuit, etc.). Il persiste vers la fin même s’il s’est fracassé le crâne sur le terrazzo de sa chambre et est tombé encore deux fois par la suite. Il voulait tout savoir, tout contrôler et m’a demandé d’écrire le nom de son nouveau médicament, le phénobarbital, alors qu’il était alité jour et nuit.

Yves avait une robuste constitution, il aurait dû vivre 90 ans, n’eût été de ce cancer de merde au pancréas. Il était médicamenté au max (timbres de morphine, Dilaudid – hydromorphone, Nozinan, etc. À la fin, il recevait durant la nuit pour l’aider à dormir 60 mg de phénobarbital et deux nuits avant sa mort, il me parlait moins de deux heures après avoir reçu sa dose!

Yves avait le sens de l’humour et l’avant-veille de sa mort, il faisait une blague à Monique, une aide-soignante de la Maison Mathieu-Froment-Savoie qu’il aimait bien.

Même si le début de son séjour a été plus ardu, Yves a aimé les soins qu’il recevait à la Maison et dans ses derniers moments de conscience, il disait à Sylvie, une infirmière : « Vous êtes gentille ». Yves n’est plus avec nous mais je l’ai en moi comme vous l’avez en vous. Son souvenir restera vivant.

Yves Falardeau et sa fille Vanessa.

La fin de sa vie n’a pas été facile, on s’en doute bien. Mais il a pu compter sur sa famille et ses amis pour l’accompagner dans cette épreuve. Merci à vous, sa famille, ses amis. Merci Vanessa. Merci Josée d’avoir aimé Yves ».

Yves et sa petite-fille Mélodie.

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